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16 Thèses pour une éducation protestante héritière de la Réforme

16 THESES POUR L’ECOLE CHRETIENNE.

A l’occasion des 500 ans de la Réforme

Luc Bussière

 

Héritiers de la Réforme,

  1. Nous croyons que la Bible est la Parole de Dieu, et qu’elle constitue le fondement, le cadre,  le cœur et le but de toute étude, de tout apprentissage, de toute formation[1]
  1. Nous croyons que la Parole de Dieu est la vérité, qu’elle est le moyen de connaître Dieu, de se connaître soi-même, et qu’elle est pertinente pour tous les domaines de la vie,  donnant le juste cadre d’interprétation du monde  et d’action[2].
  1. Nous croyons que l’école est pour tous, en raison de la valeur infinie de chaque être humain, fait à l’image de Dieu, afin de préparer  chacun à sa vocation[3][4], pour être sel et lumière dans le monde et témoins de sa grâce.  
  1. Nous croyons qu’un enfant n’appartient pas à l’Etat, ni à l’Eglise, mais à Dieu, qui en confie la responsabilité éducative aux parents.
  1. Nous croyons que l’école doit encourager les élèves à connaître et atteindre le « but principal de la vie humaine[5]» qui est « de connaître Dieu, car il nous a créés » et de « consacrer nos vies à sa gloire », que l’on soit élève ou enseignant.  
  1. Nous croyons que l’école est un lieu où les enfants peuvent se nourrir « du pain et du vin » : le pain de la Parole de Dieu, le Vin de Sa présence[6].
  1. Nous croyons qu’éduquer consiste à « enfanter à Jésus Christ[7]», et qu’il n’y a pas d’éducation véritable sans le Christ.
  1. Nous croyons que l’école est plus qu’un lieu de transmission de savoir, elle est aussi un lieu de transmission de la Sagesse.
  1. Nous croyons que l’apprentissage des lettres et des sciences doit aller avec le développement de la foi (La « Pietas Litterata ») ; la foi embrasse toute la réalité, de sorte qu’aucun domaine de la vie des hommes ne peut prétendre à une autonomie quelconque[8].
  1. Nous croyons que c’est à la Parole de Dieu que l’on doit la compréhension et l’incarnation des notions de dignité humaine, de liberté, d’égalité, de fraternité, de démocratie, de  laïcité qui ont fondé notre civilisation. Elles sont un héritage à transmettre, avec leur fondement.
  1. Nous croyons que l’école doit contribuer à former à la responsabilité, en valorisant le travail, l’étude et la réflexion.
  1. Nous croyons que l’étude de la Création doit conduire à reconnaître le Créateur, et lui « rendre grâce », toute connaissance véritable conduisant à la connaissance de Dieu, et à la re-connaissance.
  1. Nous croyons qu’il n’y a pas de place pour le dualisme (entre la nature et la grâce, le spirituel et le matériel, le corps et l’esprit, le sacré et le profane, le culte et la culture, la terre et le ciel), tout étant « de Lui, pour Lui et par Lui [9]», le Christ  réconciliant toutes avec Lui même, le Christ  en qui sont cachés « tous les trésors de la sagesse et de la science[10] »
  1. Nous encourageons chaque Eglise à implanter son école[11], ou à participer à la vie d’une école[12]. Le mandat missionnaire confié par le Christ à l’Eglise contient le mandat culturel.
  1. Nous croyons que l’école et l’université sont les moyens privilégiés pour réformer et bénir les personnes et les nations pour obéir au commandement du Christ de faire des nations des disciples en les enseignant.
  1. Nous croyons que nous avons à nous « réformer sans cesse» dans tous les domaines, en particulier dans le domaine de l’éducation[13].

 

[1] « Tout ce qui ne pratique pas sans cesse l’étude de l’Ecriture est voué à la perdition ; aussi bien voyons-nous ce que deviennent et ce que sont les étudiants des écoles supérieures (…) Je crains fort que les écoles supérieures ne soient que de grandes portes de l’Enfer, puisqu’elles ne s’emploient pas activement à répandre dans la jeunesse la connaissance et la pratique de l’Ecriture ». Martin LUTHER. « Discours à la Noblesse de la nation allemande »1520 Œuvres de Martin Luther. T2. Editions Labor et Fides

[2] «  L’Ecriture sainte est la clef qui nous ouvre le royaume de Dieu pour nous y introduire, afin que nous sachions quel Dieu nous devons adorer, et à quoi il nous appelle. C’est la vie certaine pour nous guider afin que nous ne soyons pas vagabonds et errants ça et là tout le temps de notre vie. C’est la vraie règle (…) C’est la lumière (…), c’est l’école de toute sagesse (…) C’est le miroir (…) c’est le sceptre de Dieu…l’instrument de l’alliance que Dieu  a conclue avec nous en s’engageant librement dans sa grâce à s’attacher à nous par un lien éternel » Jean CALVIN  Préface à l’édition de la Bible d’Olivetan

[3] Ecole gratuite et obligatoire pour les enfants de la ville de Genève nouvellement acquise à la Réforme. Le 21 Mai 1536, Genève vient de se déclarer réformée. Pour la première fois dans l’histoire, un Etat offre à tous ses habitants sans exception le droit à l’instruction : « Ici est aussi été proposé l’article des écoles et par une même voix été résolu que l’on tâche à avoir homme  à cela faire savant ; et qu’on le salarie tellement qu’il puisse nourrir et enseigner les pauvres gens sans leur rien demander…  et aussi que chacun soit tenu envoyer ses enfants à l’école et les faire apprendre. » Cité par Gabriel MUTZENBERG, dans son article « La montée des enseignants », tiré e l’ouvrage collectif « l’Aventure le Réforme », sous la direction de Pierre CHAUNU. Hermé, 1992

 

[5] Catéchisme de Genève

[6] « Oh ! Comme nous agissons mal avec la malheureuse troupe de jeunes qui nous ont été confiés pour que nous les guidions et les enseignions et nous aurons grand peine à nous justifier de n’avoir pas mis sous leurs yeux la Parole de Dieu ; voici ce qui advient d’eux, comme le dit Jérémie (Lam II) : « Mes yeux se consument dans les larmes, mes entrailles sont émues, mon foie se répand sur la terre, à cause de la blessure de la fille de mon peuple, lorsque les enfants et nourrissons tombent en défaillance sur les places de la ville. Ils disent à leurs mères : « où y a-t-il du pain et du vin ? » Et ils tombent comme frappés du glaive sur toutes les places de  la ville : et leur âme expire sur le sein de leur mère. » Nous n’apercevons pas cette lamentable détresse, nous ne voyons pas comme maintenant aussi la jeunesse languit et dépérit pitoyablement au sein de la Chrétienté, faute d’avoir lu l’Evangile qu’on aurait dû leur faire fréquenter et pratiquer sans cesse » Martin LUTHER. Aux magistrats de toutes les villes allemandes pour les inviter à ouvrir et entretenir des écoles chrétiennes. 1524. Œuvres. Labor et Fides. Genève 1958, t IV, pp 91sqq.)

[7]  Phrase attribuée à un « vieux professeur de l’Académie protestante de Saumur », cité par Valdo Durrleman, « L’éducation protestante », « La cause », p 122. Selon Felice, dans son ouvrage : « Les protestants d’autrefois, Education instruction » Paris 1902, p 243  il s’agit d’un ancien régent de cette académie qui aurait écrit cette phrase, reprise aussi par D. Crespin dans « De l’éducation de la jeunesse », 1691, p 31. 

[8] « Toute bonne instruction commence par la foi » disait CALVIN.  Cité par Dominique Viaux : « La réforme et les écoles élémentaires en France » Etudes théologiques et religieuses, 62ème année, 17/4 p 504. « Nous avons visé à faire de la piété, fondée sur le savoir et sur l’éloquence, le but des études. » Jean STURM,  fondateur du Gymnase « Jean Sturm » à Strasbourg en 1538

[9] Romains 11. 36

[10] Colossiens 2. 3

[11] Discipline des Eglises Réformées du Royaume de France. 1559. « L’Eglise n’a jamais fleuri sans écoles ». CALVIN.

[12] « Comme l’instruction de la jeunesse est de très grande importance, puisque c’est la pépinière de l’Eglise, on a pris très grand soin, dans tous les Synodes Nationaux, de faire en sorte qu’il y eût des Ecoles et des Collèges en divers lieux pour l’éducation des jeunes gens, tant en la piété qu’aux bonnes lettres » Cité par Henri Meylan, dans « Collèges et Académies protestantes en France au 16ème siècle », 1970, tiré de l’ouvrage  « D’Erasme à Théodore de Bèze », Genève, Librairie Droz, 1976

[13] Principe de la « semper reformata ».

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